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LE CORONAVIRUS ET L’AFRIQUE

Étude FINACTU - Le Coronavirus et l’Afrique : Quelles mesures pour atténuer l’impact de la crise sur les économies africaines ? Avril 2020


Etude


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FINACTU a détaillé dans une étude précédente « Le Coronavirus et l’Afrique – Crise sanitaire et crise économique aggravées par la faiblesse des filets de sécurité sociale africains » la problématique générale de cette crise à la fois sanitaire et économique. Nous nous intéressons ici à plusieurs aspects complémentaires pour nourrir la réflexion opérationnelle des dirigeants africains dans la meilleure réponse à cette crise, sans hésiter à rappeler l’humilité qui est de mise, face à une pandémie absolument inédite :

d’une part, nous montrons qu’il ne faut pas analyser cette crise avec les yeux, les concepts et les statistiques des pays industrialisés, car l’Afrique diffère à de nombreux égards des pays où la maladie se manifeste aujourd’hui (Asie, Europe, Amérique du nord).

d’autre part, nous cherchons à identifier les meilleures réponses sanitaires que les Gouvernements peuvent apporter pour atténuer les conséquences de la crise du Covid-19. Nous montrons qu’un confinement « à l’africaine » peut être conçu pour limiter l’impact économique tout en protégeant plus efficacement les populations du continent

enfin, nous montrons que les grands investisseurs institutionnels africains (caisses de prévoyance sociale, compagnies d’assurance, banques, caisses de dépôts et consignation, etc.) peuvent jouer un rôle puissant d’amortisseur de cette crise, à condition de respecter de strictes conditions de mise en œuvre

Une première évidence s’impose : le Covid-19 est une maladie de personnes âgées, de comorbidité et de personnes en surpoids, qui frappe très durement les pays industrialisés vieillissants et repus. Mais les populations d’Afrique, beaucoup plus jeunes et beaucoup moins concernées par l’obésité, seront beaucoup moins touchées. Nos calculs montrent que, toutes choses égales par ailleurs, un pays comme le Bénin sera 5 fois moins touchés que le Royaume-Unis, malgré un nombre de lits de réanimation bien moins important relativement. Ce chiffre donne raison a posteriori au Président TALON, qui assumait explicitement de ne pas soumettre tous les Béninois à un confinement « à l’européenne ».

Une seconde évidence vient renforcer ce constat : outre qu’il n’est pas réaliste, le confinement total ne serait pas supportable économiquement en Afrique, car il ne pourrait être accompagné des mesures qui le rendent acceptable dans les pays industrialisés. Mais la bonne nouvelle, que confirme la présente étude, est que le confinement n’est pas nécessaire en Afrique, où l’organisation de la société est très différente de ce qu’on connait en Europe, en Chine ou aux États-Unis. En Afrique, il est fréquent que les retraités « retournent au village » pour y gouter le repos et la tranquillité de la dernière partie de leur vie. Comme l’ont déjà mis en place de nombreux pays, il est donc très utile, à la place d’un confinement total, d’assurer la protection des villages par rapport aux villes, où la maladie se développe rapidement.

Enfin, l’équipe FINACTU voit dans cette crise à la fois sanitaire et économique une occasion de mesurer le rôle formidable des investisseurs institutionnels, au premier rang desquels les caisses de sécurité sociale, dans le soutien à l’économie face aux conséquences négatives de la crise. C’est un message d’action qui ressort de cette analyse : action à court terme en mobilisant ces acteurs institutionnels dans le soutien à l’économie ; action à moyen et long termes en les renforçant demain, pour augmenter la résilience de nos économies africaines. Plus que jamais, l’Afrique toute entière doit accélérer le renforcement de ses investisseurs institutionnels que sont les assureurs, les institutions de sécurité sociale, les caisses de dépôts et consignation, etc. Et plus que jamais aussi, les gouvernements doivent généraliser les systèmes de prévoyance sociale à toutes les populations. Certains pays sont sur le point de le faire (Maroc, Côte d’Ivoire), d’autres l’ont déjà fait (Gabon avec la CNAMGS), prouvant que cela est possible !

Comme le conclut Denis CHEMILLIER-GENDREAU, Président Fondateur de FINACTU : « Il serait faux de regarder cette crise en Afrique avec les yeux des pays riches et il n’y a pas de sens à appliquer au continent les mêmes stratégies prophylactiques qu’en Europe ou aux États-Unis. L’Afrique doit inventer son propre modèle pour lutter contre la crise, et les investisseurs institutionnels locaux y ont un rôle majeur à jouer. »


Toute citation d’extraits de cette étude doit mentionner : « Denis CHEMILLIER-GENDREAU, Géraldine MERMOUX.Le Coronavirus et l’Afrique, Quelles mesures pour atténuer l’impact de la crise sur les économies africaines ? FINACTU, avril 2020 ».



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